Petite histoire de l'Isle

 

En passant par la Dordogne

 

petite histoire de l'Isle

 

cette rivière qui traverse Périgueux

 

 

 

Quand l'Isle vint au monde, il n'y avait personne pour l'accueillir.

 

La terre avait éternué et l'Isle s'était retrouvée toute nue sur un rocher en pleine nature.

 

Elle cligna des yeux tant la lumière du jour l'aveuglait et d'une voix plaintive interrogea son entourage ;

 

 

 

Où suis-je ? Dois-je rester là  où me lancer jusqu'à ce riant vallon que j'aperçois au bas de son promontoire ?

 

 

 

Mais son entourage resta muet.

 

Il ne restait plus à la petite rivière qu'à se fier à son destin.

 

Aussi elle se laissa glisser de son rocher et de celui-là sur un autre encore, si bien qu'elle finit par trouver le jeu très amusant et qu'elle ne s'arrêta plus. Arrivée dans le vallon elle avait forci, pris des joues et de l'assurance, jusqu'à sa voix qui était devenue plus grave.

 

Oh bien sûr cette transformation ne s'était pas fait en un jour, mais qu'elle importance ? Pour une rivière les siècles ne comptent pas. Elle a devant elle l'Eternité…

 

 

 

A présent il me faut un bon domicile, se dit-elle.

 

 

 

Dieu qui entend tout lui conseilla de se creuser d'abord un bon lit.

 

Elle se mit donc au travail, mais inexpérimentée elle s'attaqua à n'importe quoi, et à n'importe qui. Et les ennuis commencèrent.

 

Le granit fût catégorique :

 

 

 

Il est hors de question que je me laisse exproprier !

 

 

 

Le calcaire au cœur tendre, bougonna. Mais à force de palabres de détours, elle parvint à vaincre sa résistance.

 

Moins d'un siècle plus tard l'Isle était installée dans le riant vallon.

 

Or, un jour qu'elle reposait dans son lit, un bruit de voix la fit sursauter, des Etres de l'espèces des hommes, palabraient à grand renfort de gestes sur l'une de ses berges.

 

Il faudra combler cette vallée, disait l'un d'eux, le sol y est trop marécageux pour la culture. Dommage pour le ruisselet, ajouta un autre.

 

L'Isle vexée par ces dernières paroles, leur cria :

 

 

 

Ruisselet ? Ruisselet ? apprenez Messieurs que je suis une rivière !

 

 

 

Les hommes pouffèrent :

 

 

 

Ecoute petite, quand tu seras capable comme nous d'aller par tes propres moyens jusqu'au marché de Périgueux, tu pourras te faire appeler rivière ; en attendant, tu n'es qu'un ruisselet !

 

 

 

Et sans plus s'occuper d'elle, ils lui tournèrent le dos.

 

Restée seule, l'Isle pleura amèrement sur son pauvre sort.

 

Un ange passait par là, il la réconforta de son mieux et lui donna ce sage conseil ;

 

 

 

Pour aller à Périgueux, il te faut prendre du poids et te laisser glisser sur la pente qui y conduit.

 

 

 

Mais comment puis-je grossir, Monsieur l'Ange ?

 

 

 

Apprends, petite rivière, que dans la lutte il faut s'unir. Demande donc à un autre cours de t'aider.

 

 

 

L'Ange ne se doutait pas qu'un cours d'eau vagabond qui coulait dans le voisinage avait entendu ses paroles. A la nuit venue il se glissa dans le lit de notre rivière, et ce qui devait arriver arriva.

 

L'Isle ne tarda pas a être prise de nausées qui provoquèrent de belles inondations, et en quelques mois doubla de volume. A la fin du neuvième par le plus grand des hasards bien sur, elle entendit une drôle de petite plainte à ses côtés.

 

 

 

Oh la la !  Gémit-elle, riant et pleurant à la fois, mais qu'ai-je fait ?

 

 

 

L'Ange de sa belle voix de trompette claironna :

 

 

 

Sois heureuse petite Isle, et embrasse ton affluent, c'est le nom exact que l'on donne à la progéniture des rivières. A vous deux vous aurez tôt fait d'être rendus  à Périgueux.

 

 

 

L'Isle n'entendit pas les encouragements de l'Ange, elle était déjà partie.

 

En chemin elle s'arrêta à la Mairie la plus proche et à l'officiel de l'Etat civil ébahi, elle déclara un enfant de sexe féminin qu'elle prénommait « Auvezère ». Après quoi elles se remirent en route et par un mercredi ensoleillé elles entrèrent dans Périgueux

 

Les Périgourdins qui n'avaient jamais vu de rivière, les acclamèrent, et ceux-là même qui l'année passée s'étaient moqué d'elle ôtèrent leurs chapeaux et s'esclaffèrent :

 

BOU DIOU ! notre petite rivière a des allures de fleuve..

 

Et tous voulurent l'inviter et la toucher.

 

 

 

Reste avec nous, nous te ferons des ponts d'or !

 

 

 

Je ne fais que passer, je ne fais que passer, leur répond l'Isle, j'ai promis à la petite de lui montrer la mer.

 

 

 

Et sans plus s'attarder elles poursuivirent leur voyage.

 

 

 

On sait qu'un peu plus loin elles rencontrèrent la Dordogne qui les invita à se joindre à elle.

 

 

 

Auteur inconnu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



18-03-2010 | 35 vues

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